Lettre ouverte au Roi des Belges

Sire,

Votre Majesté a jugé bon, pour l’anniversaire des soixante ans de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, d’évoquer « des actes de violence et de cruauté » et des « souffrances et des humiliations » vécus durant la colonisation du pays par la Belgique.

Nul ne peut douter que des agissements navrants se sont déroulés à cette époque comme dans toute société, actuelle ou passée.

Faut-il, pour autant, passer sous silence les bienfaits que notre pays – deuxième puissance mondiale de l’époque – a apportés au Congo ?

Je n’en citerai que quelques-uns, en privilégiant le programme altruiste et humain.

La Belgique, ou le Roi Léopold II, ont mis fin aux incessantes et meurtrières guerres tribales, au cannibalisme coutumier, à la traite des esclaves pratiquée depuis des siècles par des Arabo-musulmans. Les colons belges ont mis fin au rituel qui exigeait que les nombreuses épouses et serviteurs fussent enterrés vivants avec leur défunt époux et maître. Les sacrifices humains furent abolis.

La Belgique a été la seule puissance coloniale à ne jamais s’être livrée à la traite d’esclaves ; ce fait mérite d’être souligné.

La fable des « mains coupées » sur ordre du Roi, ancrée erronément et profondément dans notre imaginaire était une coutume africaine introduite par les Arabo-musulmans et inspirée de la charia. Ces mutilations odieuses furent strictement interdites par le premier code pénal introduit en 1888 par Votre Aïeul ; le rapport de la Commission d’enquête de 1905 est limpidement clair à cet égard.

Ces mensonges n’émanent, au départ, que des autres puissances coloniales, principalement britannique, qui entendaient mettre main basse sur le Congo. Pour expulser les Belges, il fallait user de calomnies éhontées.

Remarquons que cette période de dénigrement coïncide avec le génocide des Namas et des Héréros, premier génocide du XXe siècle, pratiqué par les Allemands en Namibie et avec le rapport de 1905 de l’explorateur franco-italien Pierre Savorgnan de Brazza sur la situation au Congo français ainsi que de la méprisable conduite anglaise pendant la guerre des Boers.

De grands historiens impartiaux relatent tout cela bien mieux que moi ; je songe à Jean Boillot-Robert, par exemple.

Songeons aussi à la construction de 25.000 écoles en 50 ans, de 300 hôpitaux, parmi les plus modernes de l’époque, de 2.000 dispensaires, d’un réseau routier et de chemins de fer les plus en pointe de toute l’Afrique, des voies fluviales entretenues et drainées régulièrement, …

La Belgique, contrairement aux autres pays colonisateurs, a organisé l’éducation et l’instruction de manière graduelle, construisant d’abord des écoles primaires, des écoles secondaires ensuite et, enfin, des universités.

Toutes ces infrastructures sont à présent agonisantes, obsolètes ou détruites après plusieurs dictatures. La fortune du président Mobutu était égale à la dette de son pays.

Depuis 1960, plus de 65 milliards de dollars ont été versés au Congo/Zaïre par la communauté internationale et singulièrement par le contribuable belge alors que ce pays africain regorge de richesses.

En 2009, le Congo était le pays africain qui a exporté le plus de capitaux vers des paradis fiscaux.

Je songe à toutes les victimes belges tombées au Congo : les plus connus, le sergent De Bruyne et le lieutenant Lippens, morts d’atroce façon, pieds et mains coupés, égorgés ensuite après d’autres tortures, par les sbires du sultan Setu l’esclavagiste.

Quelques temps après l’indépendance, nos troupes d’élite, les paras, dont Votre Majesté fit partie, durent secourir des ressortissants belges et les ramener au pays. Beaucoup furent mutilés, énucléés, éventrés, violés, massacrés, égorgés. Les paras y laissèrent des leurs.

Le même scénario se répéta au début des années septante.

La repentance, si repentance il doit y avoir, ne doit indubitablement pas venir d’un seul camp.

Je me permets de revenir aux « actes de violence et de cruauté » et aux « souffrances et humiliations » vécus durant la colonisation du Congo par la Belgique.

Mon grand-père avait huit ans en 1905, en Belgique, quand il fut mis au travail. Sa tâche consistait à convoyer la charrette d’un brasseur. A chaque halte, pendant que son patron et les ouvriers déchargeaient les énormes fûts de bière et, accessoirement, se « désaltéraient », parfois plus que de raison, il maintenait les rênes des lourds chevaux brabançons afin qu’ils ne divaguassent pas. Il était vêtu d’une casquette, d’une vareuse de grosse toile, d’une culotte courte et de sabots. Été comme hiver. En fait de « souffrances et d’humiliations », il lui arrivait de subir les foudres bien cinglantes de son patron. Le tout pour quelques centimes par jour ; en gros, de quoi acheter un pain pour la famille.

Je pourrais multiplier les exemples. Et, pour ces petits dont l’enfance fut volée et leur santé lourdement hypothéquée, pour les ouvriers honteusement exploités, nul ne se repent.

Ces quelques réflexions pour considérer que l’Histoire est ce qu’elle est, qu’elle ne doit pas être évaluée à l’aune de nos préceptes actuels qui, par la force des choses, évolueront encore.

La Belgique et son grand Roi, Léopold II, ont œuvré pour le mieux avec les éléments mis à leur disposition.

Tous les gens que je côtoie espèrent que Votre Majesté appuiera celles et ceux qui œuvreront au maintien de notre glorieux passé et des monuments érigés en son honneur. Ils espèrent que Votre Majesté se trouvera sur le chemin des insensés qui prônent que soient débaptisées certaines rues et artères au profit de personnalités plus « racisées », selon une nouvelle terminologie pédante venue d’outre-Quiévrain.

Mon parcours professionnel d’enseignant et mon service militaire, obligatoire à mon époque, m’ont amené à prêter deux fois serment à Votre Dignité et aux lois du peuple belge. Je n’y ai jamais failli. Le présent message n’a pour unique ambition que de freiner les excuses et repentances indues ainsi que de préserver notre patrimoine historique, tant matériel qu’immatériel.

J’ose me prétendre, Sire, votre respectueux et loyal sujet.

Henri-Louis.

2 pensées sur “Lettre ouverte au Roi des Belges

  • 30/07/2020 à 08:36
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    Bravo! Un peu de vérité après cette fièvre de mensonges pervers …

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